
Le précurseur du Labrador a été introduit sur l'île de Terre-Neuve par les Anglais venus les premiers exploiter les bancs de morues, il y a tout juste cinq siècles.
A l'origine, il s'agissait d'un chien de type Saint-Hubert, un chien de chasse donc, qui se prit de passion pour l'élément liquide, se mit à repêcher les poissons échappés des hameçons alors rudimentaires, à haler filets et embarcations légères, les fameux doris. Inutile de dire l'estime en laquelle cet auxiliaire (baptisé dans un premier temps "chien de Saint John" du nom du port de l'île ) était tenu.
Il n'empêche que l'étoile du Labrador finit par pâlir pour cause d'industrialisation des pêcheries. Dès 1785, le gouverneur Edwards décide de limiter à un par foyer le nombre de chiens.
En 1815, cette première mesure étant jugée insuffisante, la cour des cessions décrète que tout chien non muselé sera abattu sur le champ...
Les Terre-Neuviens se voient alors contraints de se séparer de leurs compagnons. Ils les cèdent aux marins qui regagnent l'Angleterre à la fin de l'automne. C'est précisément sur les quais de Poole que le comte de Malmesbury va les découvrir en 1809. Enthousiasmé par les excellentes dispositions pour le rapport de Caesar, il songe immédiatement à en faire le « valet » des chiens d'arrêt, histoire de ne plus perdre le gibier...
Il se procure donc plusieurs sujets et fonde sa lignée sur Heron Court, son domaine du Dorset.
D'autres aristocrates suivent son exemple avec le succès que l'on sait. Au tournant du siècle, lors de l'instauration de la « quarantaine », qui met un terme à l'importation des chiens originaires d'Amérique du nord, les meilleurs sujets se trouvent déjà dans le Vieux Monde. Pour preuve cette anecdote : Lord Knustford, autre éleveur éminent, charge un jour un de ses amis de lui ramener de Terre-Neuve d'excellents sujets. Cet homme fait le tour des élevages et s'entend dire un jour « Allez en Angleterre et adressez-vous à un certain Holland-Hibbert, c'est lui qui possède les meilleurs Labradors ». Or, Holland-Hibbert n'est autre que le patronyme de Lord Knustford.
Reconnue officiellement par le Kennel Club en 1903, la race connaîtra son heure de gloire durant l'entre-deux-guerres. Ajoutons qu'elle doit aussi ses lettres de noblesse à la Comtesse Lorna Howes qui produisit des chiens d'exception, dont Banchory Bolo et Bramshaw Bob, vainqueurs de Crufts, l'un en 1919 et l'autre en 1933 et 1934.
De par son métier, le Labrador est un père tranquille mais pas une chiffe molle. Polyvalent, il brille dans les emplois les plus divers, de la recherche de drogue ou d'explosifs à l'assistance aux aveugles, handicapés et personnes sourdes en passant par la recherche de ceux qui ont disparu dans les catastrophes en tous genres.En ce domaine, fort de sa grosse voix et de sa stature, il fait tout au plus illusion, car il n'est pas et ne doit pas être agressif.
Qu'il soit noir, jaune ou chocolat, mâle ou femelle, vous avez à affaire à un chien sociable et sympathique qui s'adapte tant à la ville qu'à la campagne, pour autant que ses maîtres l'associent à leur vie.
Avant même de parler d'éducation, vous devrez lui apprendre à supporter la solitude, à doses homéopathiques. Si vous devez l'abandonner pour des raisons professionnelles douze heures par jour, renoncez à le choisir pour compagnon, du fait de sa dépendance. Un peu envahissant, il est de ceux qui aiment qu'on l'aime et qui souffrent s'ils partagent la vie d'un maître « courant d'air ».

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Tolérant et plein de bonne volonté, il fait de son mieux pour vous satisfaire, mais il ne vient pas au monde éduqué et pondéré.
Il ne sera un modèle de sagesse que si vous faites preuve d'un minimum de fermeté et de patience. Lui enseigner le savoir-vivre est pourtant l'enfance de l'art à sa disponibilité et à sa gourmandise. Des friandises pour chien ou des petits morceaux de fromage (distribués en quantités raisonnables car l'obésité le guette....) feront les délices de ce disciple de Gargantua et, ce faisant, vous permettront de lui dispenser ses leçons en un temps record.
Le Labrador a également le goût du confort. Beaucoup dorment au lit et y prennent toute le place ! . L'hiver, sa place préférée n'est jamais loin du radiateur. Sachez encore qu'il éprouve une réelle aversion pour la pluie alors qu'il patauge volontiers des heures durant dans la boue et qu'il nage comme un poisson dans l'eau.
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Ici, une précision s'impose toutefois : sa passion pour l'élément liquide n'est peut-être pas aussi systématique que d'aucuns le pensent. Seul le Labrador qui a appris l'eau dans des conditions favorables, piquera avec plaisir une tête dans la rivière que vous longez. Mais si vous l'y poussez contre son gré, il risque de ne pas apprécier et telle est la manière de lui faire perdre la confiance aveugle qu'il voue aux siens, grands ou petits. Farceur, joueur et dynamique, le Labrador est toujours heureux de se dépenser et de se défouler. Rien ne le réjouit plus que de bonnes promenades dans la nature. A l'âge adulte, évidemment. Auparavant, tout excès d'exercice est préjudiciable au bon déroulement de sa croissance. Avez pitié de ses articulations et de ses tendons et attendez qu'il ait fêté son premier anniversaire avant de l'inviter à partager votre jogging. Mais que cette réserve ne vous incite pas à le faire vivre sous cloche. Il a besoin de se promener et de gambader … à son rythme et à ses heures. Ce qui signifie que s’il dort, vous ne devez pas le réveiller. N’ayez crainte, dès son réveil, il se chargera de vous solliciter pour sortir ou pour se faire câliner. Tel qu’il est, sans histoire et sans état d’âme, il vous plait. N’ayez aucun scrupules à l’adopter. Avant que d’être né, lui a déjà juré de vous aimer.
Star du hit parade canin depuis 1990, le Labrador fait un tabac en France. Il a vu les sirènes de la mode s’attacher à ses basques à la fin des années 70, époque durant laquelle les inscriptions au LOF (Livre des Origines Français) ont franchi le cap du millier.
Au terme de la décennie suivante, la production atteignait les 6 000 chiots et flirtait avec les 10 000 en 1997. Au Retriever Club de France, on déplore cette « labradormania » : « le Labrador est certes bien marié avec le grand public, mais la qualité moyenne du cheptel s’en ressent, explique le président Ramade. Le nombre élevé de refus en confirmation (305 l’an passé), pour une faible participation à cet examen (2 666 sujets présentés) montre que l’immense majorité des propriétaires ne voient plus en lui qu’un chien de compagnie »
Il n’en demeure pas moins que si les particuliers filent le parfait amour avec un Labrador débonnaire et bien dans sa tête, c’est parce que des éleveurs sérieux ont sélectionné leurs reproducteurs sur l’ensemble des qualités naturelles (y compris les aptitudes cynégétiques) qui caractérisent leur race. Que l’on veuille ou non, le salut du Labrador passe par le travail et le respect du standard.
Nous insistons pour que les éleveurs se montrent attentifs au tempérament : un chien dur, très dominant, fugueur ou toujours énervé n’est pas conforme. Autres préoccupation : l’hyper type (ou tête exagérément lourde, avec un museau court) qui n’est pas suffisamment pénalisé en exposition. La taille augmente aussi de façon inquiétante. Il n’est pas rare de voir des mâles de 63 à 67 cm au garrot, au lieu de 56 ou 57 cm. Le goût du public pour un gros nounours pataud y est bien sur pour beaucoup…
Ce triste état des lieux a conduit le Retriever Club de France à prendre des diverses mesures visant à rectifier le tir. Parmi celles-ci, mentionnons : la réactivation de la grille de cotation des géniteurs, la diffusion aux acheteurs de listes de portées issues de parents ayant subi avec les examens de dépistage de la dysplasie de la hanche et des tares oculaires. Qui plus est, la Commission d’élevage envisage d’instaurer, dans un avenir proche un label de qualité, sorte d’insigne d’or décerné aux éleveurs qui apportent vraiment leur pierre à l’édifice du « beau et bon Labrador ».
SEXE, COULEURS ET COTE
Tous les Labradors ne sont pas logés à la même enseigne dans le cœur du public. Le sexe et la couleur de la robe signent leur cote d’amour. Les suffrages vont d’abord au mâle jaune, puis au mâle noir, vient ensuite la femelle jaune et enfin la noire.
Quant au Labrador chocolat (rebaptisé prosaïquement marron), s’il se situe bon dernier de classement, c’est à son corps défendant et essentiellement du fait de sa rareté. Plus difficile à produire pour des raisons génétiques que ses alter ego, il a cependant ses fidèles de plus en plus nombreux dans le monde entier. Le plus illustre chocolat se nomme Buddy Washington et vit à la Maison Blanche, chez les Clinton.
LE CHIEN PRESIDENTIEL
Nul n’ignore que le Labrador est le chien de l’Elysée depuis un quart de siècle. A l’origine de cette tradition : Georges Pompidou. Y sacrifièrent ensuite Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac. Au cours des dernières élections présidentielles, le candidat Lionel Jospin s’est vu offrir par sa famille un chiot Labrador. Belle campagne de promotion !
DES LABRADORS HEROIQUES
Dans « Strange Powers of Pets », Brad Steiger raconte que Tess, un Labrador noir, a sauvé la vie d’un petit garçon.
Voici les faits : en juillet 1991, la chienne jouait comme à l’accoutumée avec sa maîtresse Heather Hodder, sur la plage. Soudain, elle se mit à courir vers une piscine naturelle, s’immobilisa au bord et aboya avec frénésie. Heather la rejoignit et constata que le corps d’un enfant flottait sur l’eau. La chienne plongea, saisit le bambin par ses vêtements et le ramena sur la terre ferme. Alertés par les cris d’Heather, les parents arrivèrent au moment même ou Tess le sortait de l’eau. Bouche à bouche, massage cardiaque… L’enfant revint à lui.
Autre Labrador héroïque : Sparky, un jaune. En janvier 1992, il sepromenait avec son maître, John Culbertson, quand celui-ci fit une attaque cardiaque. Son compagnon à quatre pattes entreprit alors de le tirer jusque chez lui ou sa femme le découvrit inconscient en travers du portail. Cet exploit a valu à Sparky d’être décoré « chien de l’année » à Chicago. Quant à son maître, il le présente partout comme « le chien qui vaut un million de dollars » et a juré « de ne jamais, jamais s’en séparer ».

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